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Pérou : Le chemin de l’Inca, oui, mais lequel ?

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Le chemin de l’Inca, ou Inca trail…qui n’a pas rêvé un jour de s’immiscer sur ce parcours hors du commun ? Cette randonnée est devenue au fil du temps le trek le plus populaire d’Amérique du Sud. Il permet en l’espace de quarante-six kilomètres d’entrer par la porte « royale », l’Intipunku ou « porte du Soleil », sur le site même de Machu Picchu.


Aujourd’hui, une poignée d’agences locales, toutes certifiées par le ministère de la culture, permettent de se lancer dans cette aventure. Pas d’animaux de bâts afin de préserver le sentier mais des porteurs, et des camps installés dans des lieux stratégiques afin de limiter les distances entre chacune des étapes. Cet itinéraire est absolument saisissant. Chacun y trouve son compte grâce aux ambiances variées entre forêts tropicale et puna (sorte de steppe andine) qui agrémentent le parcours ponctué de sites archéologiques exceptionnels : Pactallacta, Runqurakay, Wiñay Wayna, etc... Et à l’aube du dernier jour, comme venant en point d’orgue au trek, l’arrivée avec les premières lueurs du matin sur la citadelle de Machu Picchu, lovée au milieu de sommets vertigineux envahis de végétation tropicale et dominant fièrement les méandres du fleuve Urubamba en contre-bas. Une arrivée en marge de l’entrée principale du site où des centaines de touristes émergent déjà de Machu Picchu Pueblo et trépignent eux d’impatience avant l’ouverture des portes…

Le succès de ce trek est incontestable, et est devenu au cours du temps le défi personnel et sportif de hordes de randonneurs plus ou moins expérimentés à la discipline. Devant cette pression de plus en plus forte exercée sur cette nature et ces vestiges archéologiques si fragiles, ce n’est qu’au début des années deux mille que les autorités locales (encouragées par l’UNESCO) décident d’imposer des règles strictes pour les agences qui l’opèrent, et des quotas d’entrées à respecter. Cinq cents personnes par jour incluant les staffs (porteurs, guides, cuisiniers…). Cette limite ne pouvant être dépassée, on assite à une foire d’empoigne à Cusco entre les agences pour posséder le graal, les fameux permis de trek proposés aux futurs clients. A ce jour, il faut réserver son trek avec plus de six mois d’anticipation afin d’espérer avoir une chance de pouvoir le réaliser.

L’alternative par défaut proposée par les agences locales est le trek du Salkantay. Sa durée est équivalente, l’engagement physique nécessaire comparable et son accès facile depuis Cusco. Il y a vingt ans, seul un public avisé de randonneurs se lançait sur cet itinéraire. Aujourd’hui on parle de plusieurs centaines par jours, à l’instar du chemin de l’Inca, mais sans la réglementation adaptée qui permettrait de vivre une expérience riche et raisonnée d’immersion en cordillère. Le trek du Salkantay passe au pied du sommet éponyme (6 271 m), l’une des deux grandes montagnes au caractère sacré pour la population de Cusco au même titre que l’Ausangate. Il permet de rejoindre à pied les villages de Santa Teresa ou Hidroelectrica en aval de Machu Picchu Pueblo. Nous sommes en plein cœur de la cordillère Vilcabamba.

Vulgairement baptisé chemin de l’Inca pour l’affection que prêtait l’Inca Pachacútec à réaliser ce trajet pour rejoindre sa citadelle de villégiature Machu Picchu, ce chemin appartient en réalité à un infini réseau de voies précolombiennes de communication appelé Qhapaq Ñan. Ce nom quechua signifie « chemin royal » et désigne le tronçon central andin des routes incas, d’une longueur estimée à six mille kilomètres reliant Pasto en Colombie à Santiago au Chili, via l’Equateur, le Pérou, la Bolivie et l’Argentine. N’imaginons pas pour autant un réseau en parfait état de conservation. Malgré la mise en valeur récente de ces voies par l’Unesco pour leur préservation en termes de patrimoine historique, les chemins sont majoritairement à l’état d’abandon. Les populations locales préférant se déplacer aujourd’hui en véhicule grâce à un réseau routier moderne. L’ensemble du Qhapaq Ñan ne se prête donc pas forcément à la découverte des Andes au rythme lent de la marche. La région de Cusco et la cordillère de Vilcabamba, si.

Ouvrons une carte de cette cordillère située au nord de Cusco. On réalise rapidement qu’elle est délimitée par des frontières naturelles que sont les fleuves Apurimac à l’ouest, Urubamba à l’est, la vallée de Limatambo au sud et les prémisses de la forêt amazonienne au nord. En son cœur, de hauts sommets glaciaires (Salkantay, Padreyoc, Sacsarayoc…) entrecoupés de profondes vallées au climat subtropical. Un paradis pour les randonneurs. Les autorités incas, au moment même où la colonie espagnole prenait place de manière brutale à Cusco s’y était réfugiées, misant sur le caractère accidenté de la région pour échapper aux espagnols. De là, historiquement, Vilcabamba est devenu le symbole de la résistance inca face à l’envahisseur. Au total, pas moins de quatre grands sites majeurs qu’il est possible de rejoindre à pied : Choquequirao, Machu Picchu, Vitcos, et Espíritu Pampa, siège du dernier inca régnant, Tupac Amaru. Si l’on intègre maintenant les axes principaux des voies inca en parfait état de conservation ou restaurées dernièrement, pourquoi ne pas laisser aller son imaginaire à d’autres alternatives aux ultra-fréquentés chemin de l’Inca ou trek su Salkantay. Ce que propose la cordillère dans son ensemble devient alors une évidence au goût prononcé d’aventure et en marge du flux touristique concentré autour de Machu Picchu. En adoptant ces lieux plutôt que de vouloir indubitablement se concentrer sur la région de Machu Picchu, on découvre alors une grande variété d’itinéraires possibles :

- de Choquequirao au village Yanama (4 jours)

- de Yanama au site de Vitcos (2 jours)

- depuis Vitcos rejoindre la légendaire citée de Espíritu Pampa (4 jours)

- ou revenir en direction de Machu Picchu (4 jours).

On marchera alors sur les plus belles portions de chemins précolombiens de la région. Mention spéciale au chemin qui s’envole en direction du col de Choquetacarpo entre Yanama et Vitcos.

A cet endroit, le chemin prend toute sa dimension majestueuse et symbolique. Le chemin dessiné à travers les Andes, d’une esthétique implacable, est le plus beau des chemins pour franchir la cordillère et basculer en direction de la citadelle de Vitcos. A l’heure où le rêve de Cusco est d’accueillir le double de voyageurs d’ici à cinq ans grâce au projet du futur aéroport international de Chinchero, il est temps de s’intéresser à de nouvelles options de randonnées afin de privilégier l’aspect authentique de la découverte à pied des Andes, loin du tourisme de masse.

Par Stéphane VALLIN, journaliste et organisateur de treks vivant à Cusco